Un site web n’est pas un objet. C’est un assemblage de quatre actifs distincts (le nom de domaine, le contenu, le code et les accès aux services qui le font tourner) qui peuvent appartenir à des personnes différentes. Si l’un d’eux est au nom de votre prestataire au lieu du vôtre, vous êtes captif sans le savoir. Le jour où vous voulez récupérer vos actifs pour les emmener ailleurs, vous découvrez que « votre » site ne l’est pas autant que vous le pensiez. Voici comment vérifier qui possède quoi, et quoi exiger d’un prestataire avant qu’il soit trop tard.
Un « site web », c’est en fait 4 actifs séparés
Quand vous dites « mon site », vous parlez en réalité de quatre choses :
- Le nom de domaine,
votre-entreprise.fr. L’adresse à laquelle on vous trouve. - Le contenu, vos textes, photos, vidéos, logos. La matière du site.
- Le code, les fichiers techniques (HTML, CSS, JS, base de données) qui font le site fonctionner.
- Les accès, comptes hébergement, base de données, services tiers (Google Analytics, formulaires, paiement…). Les clés du moteur.
Chacun de ces actifs peut, légalement, appartenir à une personne différente. Dans un montage propre, les quatre sont à vous. Dans un montage moins propre, un seul suffit au prestataire pour vous tenir.
Qui possède le nom de domaine ?
C’est le point qui surprend le plus, du dirigeant indépendant au responsable informatique d’une PME qui découvre que le domaine historique de la boîte n’a jamais été à son nom. Un nom de domaine n’est pas « vendu », il est loué, en général sur un à dix ans, auprès d’un registrar (OVH, Gandi, Cloudflare, GoDaddy, etc.). Et c’est la personne inscrite comme titulaire (« owner » dans les bases publiques whois) qui décide de tout : transfert, renouvellement, redirection, résiliation.
Trois cas de figure courants :
- Le domaine est à votre nom (ou à celui de votre société). C’est le bon cas. Vous pouvez le transférer chez un autre registrar à tout moment, sans demander la permission à qui que ce soit.
- Le domaine est au nom de votre prestataire. Tant que vous restez chez lui, aucun problème visible. Le jour où vous voulez le récupérer, vous demandez le transfert, et il refuse, facture des frais de sortie, ou ne répond plus.
- Le domaine est chez un registrar « maison » du prestataire. Le pire cas : pas de procédure de transfert standard, dépendance technique greffée sur la dépendance commerciale.
Vérifier prend deux minutes. Tapez whois votre-entreprise.fr dans n’importe quel outil whois en ligne (l’AFNIC en propose un gratuit pour les .fr). Le champ « Titulaire » doit afficher votre nom ou celui de votre société. Si c’est autre chose, c’est le moment d’agir, pas dans deux ans.
Et quand on gère déjà ses DNS et ses comptes cloud ?
Ce qui précède reste un rappel utile même quand on croit savoir. Un cran au-dessus, la nuance qui piège les équipes techniques tient à la distinction entre titulaire et gestionnaire. Sur la console d’un registrar ou d’un hébergeur, le compte « owner » (celui qui détient juridiquement la ressource et peut clôturer ou transférer) n’est pas le compte « admin » qui administre au quotidien. Un prestataire peut très bien vous donner un accès admin confortable tout en gardant la propriété réelle. Vérifiez le rôle, pas juste le fait d’avoir un login.
Deux autres points pour une DSI :
- DNS délégués. Le domaine peut être à votre nom mais ses serveurs DNS délégués chez le prestataire (ou pointés vers son infra). Vous êtes propriétaire, mais la résolution dépend de lui. Idéalement, la zone DNS est hébergée sur un compte que vous contrôlez (Cloudflare, le registrar, votre propre DNS managé).
- Comptes cloud et transfert de propriété. Quand l’infra tourne sur AWS, GCP ou Cloudflare, la vraie question n’est pas « ai-je un accès ? » mais « le compte de facturation et l’organisation sont-ils à mon nom ? ». Migrer un projet entre deux comptes AWS ou transférer la propriété d’une organisation Cloudflare n’est pas trivial : autant que ce soit cadré dès le départ plutôt que dans l’urgence d’une fin de relation.
Qui possède le contenu et le code ?
Légalement, en France, vous êtes l’auteur de ce que vous écrivez et propriétaire des photos que vous avez prises ou commandées. Pour le contenu fourni par vos soins, la question est claire : c’est à vous. Demandez juste à ce que le contrat le rappelle noir sur blanc.
Pour le code, c’est plus nuancé. Il existe trois cas typiques.
Site sur-mesure développé pour vous. Le contrat doit prévoir explicitement que le code source vous est remis à la fin du projet ou sur demande, et qu’il vous appartient. Sans cette clause, le prestataire reste propriétaire de son travail, et vous, vous avez un droit d’utilisation, pas de propriété.
Site monté sur un CMS open source (WordPress, Astro, etc.). Le code du CMS ne vous appartient pas (il est sous licence libre, accessible à tout le monde). Le code spécifique à votre site, thème, configuration, plugins développés sur-mesure, doit, lui, vous être remis.
Site sur une plateforme propriétaire (Wix, Squarespace, Webflow, ou un constructeur maison du prestataire). Vous ne possédez pas le code, vous louez l’usage de la plateforme. C’est acceptable tant que les autres actifs (domaine, contenu, accès) sont à vous, et que la plateforme vous laisse exporter votre contenu si vous partez.
Le point à retenir : être incapable de récupérer son contenu dans un format réutilisable (Markdown, HTML, CSV, base SQL…) est le vrai marqueur du lock-in. Pas le fait de posséder le code lui-même.

Et les accès hébergement, mails, analytics ?
Le piège le moins visible, et pourtant le plus fréquent. Quatre comptes à surveiller.
- Le compte d’hébergement (OVH, Cloudflare, Netlify, Vercel…). S’il est ouvert au nom du prestataire, il peut vous couper le site en deux clics. Demandez à ce qu’il soit ouvert à votre nom, avec vos identifiants, et que le prestataire y soit ajouté en collaborateur.
- Les boîtes mail liées au domaine (
contact@votre-entreprise.fr, etc.). Idem : compte au nom de votre société, prestataire en accès délégué. - Google Analytics ou équivalent. L’historique de fréquentation est précieux. Le compte doit être au nom de votre société, vous en êtes administrateur.
- Services tiers, formulaires, calendrier de réservation, paiement Stripe, etc. Tous ces comptes doivent être au nom de votre société. Le prestataire est un invité, pas le propriétaire.
Une bonne règle : si votre prestataire fermait boutique demain, seriez-vous capable de récupérer toutes les clés du site en moins d’une journée ? Si la réponse est « non », il manque quelque chose à régulariser maintenant.
Comment vérifier en 5 minutes ?
Une petite enquête rapide :
- Faites un
whoissur votre domaine. Notez le titulaire. - Ouvrez votre dernière facture d’hébergement. À quel nom est-elle ?
- Connectez-vous à votre compte d’hébergement. Avez-vous un accès administrateur, ou seulement « éditeur » ?
- Demandez-vous : si je voulais exporter tout le contenu de mon site cette semaine, est-ce que je sais comment faire ?
- Avez-vous quelque part, sur votre ordinateur, dans un mail, dans un drive, une copie du contrat avec votre prestataire et la liste des accès ?
Si vous bloquez sur l’une de ces étapes, c’est un signal, pas une catastrophe. Un prestataire sérieux régularise sans difficulté : domaine remis à votre nom, accès transférés, contrat clarifié. Une réticence est, en soi, une réponse.
Les bonnes questions à poser avant de signer
Avant de démarrer avec un nouveau prestataire, demandez par écrit (un mail suffit) :
- Le nom de domaine sera-t-il à mon nom (ou celui de ma société) ?
- Le contrat précise-t-il que le contenu et le code spécifique m’appartiennent ?
- Sur quel hébergeur le site sera-t-il déposé, et le compte sera-t-il à mon nom ?
- Le jour où je déciderai de partir, quelle est exactement la procédure pour récupérer mon domaine, mon contenu et mon code, et y a-t-il des frais de sortie ?
Les bons prestataires répondent vite et clairement, parce qu’ils ont déjà eu la question et qu’elle joue en leur faveur. Les autres tournent autour du pot. C’est précisément l’information que vous cherchiez.
Ces questions s’appliquent quel que soit le format, abonnement, forfait unique, freelance ou agence. Le piège ne tient pas au mode de facturation : un site payé en une fois peut très bien vous laisser captif si le domaine reste au nom du prestataire, et un abonnement peut parfaitement vous laisser repartir avec tout. Si vous voulez approfondir le format abonnement spécifiquement, c’est par ici. Pour situer les vraies fourchettes de coûts par format, l’article sur les prix complète le tableau.
Côté Inleven, on a voulu rendre ces engagements explicites et publics. La page Garanties liste noir sur blanc qui possède quoi : domaine, contenu et code sont à vous dès le premier jour, et vous repartez avec l’ensemble, sans frais de sortie ni pénalité. C’est aussi ce que détaille notre offre : une première année qui finance le sur-mesure, en 12 fois ou en 1 fois, puis 180 €/an tout compris. C’est la lecture qu’on aurait aimé avoir quand on a démarré.